Réhabiter, c’est « devenir indigènes aux lieux que nous habitons, dans une communauté cohérente qui soit à son tour ancrée, enchâssée dans les réalités écologiques de son paysage environnant » (Wes Jackson, Consulting the Genius of the Place. An Ecological Approach to New Agriculture, 2011). La transformation de nos territoires engendrée par les bouleversements climatiques et les modes de vie du dernier siècle a affaibli la capacité de résilience des structures hybrides rurales. Pour contrer la mécompréhension progressive des lieux habités et de leurs usages, il est nécessaire que les plaines agricoles soient à nouveau assimilées à des écosystèmes cultivés, dont les phénomènes intrinsèques ne sont pas considérés en tant que catastrophes naturelles mais bien en tant que vecteurs porteurs d’un fort potentiel en matière d’espace public rural et de développements locaux. Le projet explore ces questionnements pour proposer une nouvelle vision d’un territoire prototypique : la vallée du Ruisseau d’Ancre, région rurale à faible topographie de 78 km² qui s’inscrit dans le périmètre du district hydrographique de l’Escaut. Les enjeux actuels de cette région oscillent entre la reconnaissance conservatrice du parc naturel du Pays des Collines et les effets de la métropolisation polycentrique que connaissent la Flandre, la Wallonie ainsi que la région bruxelloise. Au sein de ce territoire, la logique du système agraire saltus-ager-silva qui a façonné le paysage est redécouverte et dessine de nouveaux espaces d’accueil et de coexistence. Des stratégies sont mises en place afin de développer la région en retissant des liens avec la terre, l’eau, l’habitat et le paysage.