Too hot for you
Il y a quelque chose d’étrangement poreux dans ces douches. On y entre seul, mais jamais vraiment.
La voix de l’autre résonne derrière le rideau, une ombre traverse, on laisse la porte entrouverte. C’est une scène de théâtre, en vapeur.
Parfois, on se douche à deux, ou plus. Pas forcément ensemble. Juste côte à côte, séparés par une brume envahissante. Il y a des rires, des silences, des regards. L’intimité se recompose, se négocie.
Le bain n’est plus seulement un bain. C’est un prétexte. Un appel. On s’y retrouve, comme on se retrouverait autour d’un feu. Autant de formes d’un même besoin : se purifier, ensemble. Entrer dans l’eau, c’est faire un pas vers soi, et vers l’autre.
Les enfants jouent dans la douche partagée, éclaboussant les murs. Les grands s’attardent, parlent fort, rient. Les peaux se frôlent sans gêne. On ne sait plus très bien qui est chez qui.
Et au fond, peut-être, il ne s’agit que de ça.
Redonner aux gestes d’hygiène une valeur d’usage commun. Tordre l’espace pour que l’ordinaire devienne cérémonie.
Faire de la salle de bain un seuil, un passage, un point d’orgue.
Et puis, il y a les douches qu’on installe dehors, à l’été revenu. Un jet d’eau froide sur les jambes à 1000 degrés. Le carrelage devient herbe. La pudeur devient jeu. Le corps reprend sa place dans le paysage.