Pour le semestre de printemps 2026, le studio TEXAS a continué, comme au premier semestre, de placer ses recherches sous les doubles auspices de l’historien des idées et philosophe Michel Foucault et de l’architecte Oswald Mathias Ungers. En 1977, Ungers, alors enseignant à l’université de Cornell, et ses assistants, notamment les jeunes Hans Kollhoff et Rem Koolhaas, ont forgé le concept d’archipel pour décrire Berlin, ville alors en déshérence en raison de son statut d’île capitaliste entourée d’un océan socialiste, qui se « désurbanisait ». Ils proposaient alors d’identifier des secteurs de tissus urbains cohérents et singuliers pour envisager leur transformation en renforçant leurs caractéristiques initiale pour justifier une diversité de projets nouveaux en accord avec la ville existante et son devenir.
Un an plus tard, en 1978, était organisé le concours d’idées Roma Interrotta, dont le détonateur de projet était alors une libre revisitation du célèbre plan de Nolli qui, au XVIIIe siècle, représentait les espaces libres de Rome, c’est-à-dire les rues, places, cours, intérieurs d’églises, etc. en blanc et le reste du tissu urbain en poché. Douze architectes que l’on peut rétrospectivement qualifier de post-modernes – Aldo Rossi, James Stirling, Robert Venturi, les frères Krier, Michael Graves, etc. – participaient.
Il y a, dans la concomitance de ces deux recherches, la marque d’une montée d’intérêt, au sens large, pour ce qui existait déjà, pour le passé directement, ou pour le passé comme résultat d’un passé. Au-delà des naïvetés nostalgiques et d’une certaine fétichisation du passé, nous avons cherché à comprendre ce que la triangulation Berlin/Rome/Lausanne pouvait révéler sur Lausanne, d’une part, et sur la manière de concevoir des projets d’architecture, d’autre part.
Nous avons étudié la pensée de Ungers à partir de Berlin Archipel Vert, avant d’entreprendre un voyage à Rome où les ruines de l’Empire romain ont été envisagées comme un archipel en mettant l’accent sur la capacité des romains à produire des équipements publics d’envergure. Enfin, nous avons développé des projets d’équipements à Lausanne, comme autant d’hétérotopies, ces « utopies construites » qu’a décrites Michel Foucault, support de pratiques sociales et communautaires singulières.