Longtemps perçues comme hostiles, les Alpes ont progressivement suscité de la curiosité. Dès le XVIIIe siècle, un regard neuf se pose sur elles : la science s’en empare, les artistes les subliment, leurs sommets deviennent objets de désir. On y construit alors des cabanes accrochées aux reliefs. Mon énoncé théorique intitulé Viens voir là-haut – les cabanes du Val d’Hérens interroge ces architectures d’altitude : pourquoi bâtir dans ces lieux extrêmes ? Quelles relations tisse-t-on avec la montagne à travers ces édifices ? Comment vit-on là-haut ? Ces refuges sont à la fois des points d’observation, des rappels d’humilité face au paysage : ils sont surtout les témoins d’un milieu alpin en mutation. À partir de cette réflexion, le projet Re-venir là-haut prolonge l’exploration par une réponse architecturale. Il propose de réhabiliter l’ancien hôtel Mont Collon à Arolla situé à 2000 m d’altitude – un bâtiment chargé d’histoire – en Centre Interdisciplinaire de Recherche Alpine (CIRA), non pas comme une réponse directe aux enjeux liés à la construction de haute montagne mais comme un levier pour mieux la comprendre. Ce lieu, pensé pour accueillir la recherche, vise à redonner une place centrale à la connaissance dans un environnement aujourd’hui fragilisé par le changement climatique et les pressions anthropiques. En encourageant l’échange entre disciplines et en s’ancrant dans le territoire, le CIRA devient un outil pour habiter, préserver et appréhender la montagne autrement.